dimanche 8 février 2015

Quand les collections s'agrandissent...

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans le lagon de Madang ou juste au sud, dans la Baie de l’Astrolabe, sous quelques centimètres d’eau sur le récif ou au fond d’une passe par 50 mètres de fond, la vie foisonne. 

Une expédition en Papouasie-Nouvelle-Guinée

De   nombreuses  espèces   parmi les   Mollusques, les   Échinodermes, les   Crustacés... ou   même  les    poissons  sont encore   méconnues.    Lors de  l’expédition  de  novembre 2012, plusieurs  nouvelles espèces ont  sûrement été   récoltées chaque jour. Ce   sont  pour  la   plupart des cas,  des petits spécimens  qui  ont été  trouvés lors  de    séances de collectes adaptées aux différents milieux explorés.
Ces espèces viendront compléter les collections nationales de la zoothèque.

La collecte de spécimens en snorkelling
En snorkelling, de jour comme de nuit, pour les zones peu profondes, on attrape les spécimens à la main avec des gants. Ils sont placés dans des tubes, des boîtes ou des filets pour être ramenés au laboratoire de terrain à Madang.
En plongée avec bouteilles entre 5 et 50 mètres pour rester une petite heure sous l’eau, on collecte les spécimens à la main ou en brossant des substrats durs. Les plongeurs ont utilisé des suceuses, sortes d’aspirateurs sous-marins, aspirant sable, boues, fins graviers et les êtres vivants qui s’y trouvaient. En posant des pièges et des filets, des pêcheurs ont capturé des poissons, des Céphalopodes et des Crustacés.
En bateau côtier, barque plate en aluminium, l’utilisation de chaluts ou de dragues miniatures permet de remonter des boues, de pêcher sur des fonds peu profonds. On traine le filet attaché à un bout que l’on tient à la main. Après quelques minutes, le filet est remonté et le contenu est placé dans une bassine, ce butin sera traité au centre de tamisage dans une heure ou deux. En gros bateau avec le navire océanographique de l'IRD, l'Alis on peut collecter jusqu'à 1200 mètres de profondeur grâce à des chaluts et des dragues. A bord, il y a tout ce qu'il faut pour faire le tri de la collecte juste après sa récolte. Il est même possible de partir plusieurs jours afin d'explorer des zones plus éloignées de la côte.
L'Alis
A pied, surtout la nuit, au moment de la marée basse, sur les plages des îles, ça grouille de vie : les crabes en pleine activité, nous voient arriver, ils courent sur l’estran*, montent dans les arbres, les poissons et les crevettes sortent de leur cachette pour chasser, le plancton est luminescent quand l’eau est remuée, les Gastéropodes circulent à la surface des rochers, il y a même de petits poulpes qui sortent de l’eau pour venir manger sur les roches.
Là où la mer et la forêt se mélangent, à l’estuaire des fleuves côtiers, dans les mangroves, la vie nous intéresse aussi. Alors au petit matin, avant que la marée remonte, en pataugeant dans la boue, entre les racines des palétuviers ou autres arbres de ce milieu particulier, nous cherchons des huîtres collées aux racines, des bivalves dans les sédiments, des Crustacés qui ne manquent pas de cachettes...   
C’est aussi dans ce milieu que circulent les puk-puk, les gros crocodiles marins de la région, mais n’y pensons pas trop, ça pourrait les faire venir. 
L'opération de tamisage 

Avant d’emmener tout ce trésor biologique au laboratoire, il faut en passer une partie par le centre de tamisage. Trier rapidement les récoltes des chaluts, des dragues, des paniers de brossage, de la suceuse... Les parties qui ne nous intéressent pas, les plus grossières sont alors rejetées. Un premier tri rapide est donc réalisé. Ce centre de tamisage tourne une bonne partie de la journée, il se situe au niveau de notre petite installation technique en bord de mer.


Et maintenant, tous en camion, on prend la route du laboratoire qui se situe dans la Divine Word University à 10 minutes de notre petite base portuaire. Au labo, le déballage a commencé, il faut mettre les bestioles dans les bacs et ne surtout pas oublier la petite étiquette avec la référence de la station de collecte. Il faut maintenant trier à la loupe bino ou à l’œil nu, armé de pinces fines ou avec les doigts pour récupérer les êtres vivants qui nous intéressent. C’est un travail très fastidieux. Les spécimens sont triés par embranchements, les Mollusques dans une cuve, les Échinodermes dans une autre, les Crustacés encore à part…
Encore vivants, les spécimens nous donnent leurs plus belles couleurs que nous photographions.

Exemples de photographie de spécimens après le tri final

Ces images viennent enrichir les informations qui accompagneront  pour toujours le spécimen dans sa longue vie de sujet scientifique.   Pour certains, un petit morceau de leur manteau est collecté afin d’y faire des prélèvements d’ADN, encore une source d’informations supplémentaires pour accompagner notre  spécimen. 
L’équipe Crustacés, après les photographies, tenait des classeurs dans lesquels étaient portées les nouveautés. Chaque espèce remarquée, connue ou non, avait le droit à une page dans un classeur. 
Le conditionnement pour le transport des spécimens 
Une fois tous ces précieux relevés effectués sur les individus(étiquettes, prélèvements ADN, photographies, dessins...), les spécimens sont mis dans une boîte ou un sac adaptés à sa taille avec de l’alcool éthylique pour assurer sa conservation. Ces boîtes sont ensuite rangées dans de gros tonneaux en fonction de leur embranchement. Les tonneaux seront transportés de Madang à Paris dans trois grands conteneurs. Une fois les  conteneurs arrivés à Paris, les différentes équipes de recherche récupèreront leurs tonneaux, c’est alors que commencera le déballage dans les laboratoires et l’archivage des collectes. 


Dans    les   tonneaux,  nous    retrouvons   les   spécimens   collectés   à   l’autre  bout  du  monde.  Leur   étiquette de référencement   permet   de  les  lier  à  toutes  les  informations  collectées et  conservées    informatiquement. 
Heureusement que les photographies sont là pour conserver les couleurs car l’alcool a  tout décoloré.
*L’estran : C’est la partie du littoral située entre les limites extrêmes des plus hautes et des plus basses marées. Il peut abriter de nombreux sous-habitats naturels.
**Toutes les photographies ont été prises par Mr Thierry Magniez.

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